D’elle à elle
La chaîne de savoirs qui relie les femmes autochtones de génération en génération

À l’occasion de la Journée internationale des femmes autochtones, la Fondation autochtone FSC a collaboré avec le Forest Stewardship Council (FSC) à la création d’un récit spécial qui célèbre les savoirs, le leadership et les expériences que les femmes autochtones transmettent de génération en génération.
Réunissant les voix de sept femmes autochtones de cinq continents, ce récit explore ce qu’elles ont appris des femmes qui les ont précédées et ce qu’elles souhaitent transmettre à la prochaine génération.
Le 5 septembre 1782, Bartolina Sisa, dirigeante et tisserande aymara, fut exécutée pour avoir défendu son peuple. Deux cents ans plus tard, les femmes autochtones des Amériques ont choisi cette date pour célébrer la Journée internationale des femmes autochtones : une journée consacrée au leadership, à la résilience, aux droits et à ce que les femmes transmettent à celles qui leur succèdent.
Aujourd’hui, on estime à 238 millions le nombre de femmes autochtones dans le monde (OIT, 2019). Une grande partie des savoirs de l’humanité sur la vie avec les forêts perdure parce que des femmes comme elles les ont transmis, de mère en fille, d’aînée à élève, de main en main, dans un rôle qui est longtemps resté largement invisible. Nous avons demandé à sept dirigeantes autochtones de cinq continents ce qu’elles ont reçu des femmes qui les ont précédées et ce qu’elles transmettent à leur tour. Voici cette chaîne, racontée avec leurs propres mots.
Minnie Degawan (Kankanaey-Igorot, Philippines), directrice générale de la Fondation autochtone FSC · Tolita Davis-Angeles (Cobble Cobble, nation Barunggam, Australie), présidente du Comité des Premières Nations du FSC et fondatrice de Gandan Yarnings · Sara Omi Casamá (Emberá, Panama), avocate et présidente des Femmes leaders territoriales de Mésoamérique · Peggy Smith (Miskwaanakwadook, Red Cloud Woman ; d’ascendance crie, Canada), membre de la Chambre autochtone de FSC Canada · Cindy Kobei (Ogiek, Kenya), avocate et défenseuse des droits des Peuples Autochtones · Yu-An Chen (Iupi’i ’akuyayana ; tribu Tsou, Chinese Taipei), présidente de la Chiayi County Alishan Indigenous Tfuya Community Cooperative · Gely Rojas (Shipibo-Konibo, Pérou), développement des entreprises autochtones, Nii Biri.

Ce qu’elles ont reçu des femmes qui les ont précédées
Sara Omi Casamá estime que les femmes autochtones sont depuis longtemps un pont entre les générations, transmettant les savoirs traditionnels, souvent sans que leur rôle soit reconnu.
Omi Casamá : « Ces savoirs restent toujours vivants dans les pensées et les cœurs des femmes autochtones… Ce que nous essayons de faire aujourd’hui, c’est de rendre leur rôle visible. »
À travers leurs expériences, la forêt est à la fois un refuge, une enseignante, un membre de la famille et un foyer.
Smith : « Une aînée anishinaabe, une femme d’une grande sagesse, m’a dit : “Si tu cherches des conseils, va dans la forêt et assieds-toi. Reste simplement là, et les réponses viendront à toi.” »
Rojas : « Nos mères et nos grands-mères nous ont appris que nous devons prendre soin de la forêt, parce qu’elle n’est pas seulement une ressource, elle fait partie de notre famille, elle fait partie de notre foyer. »
Kobei : « En tant que femme ogiek, j’ai grandi en comprenant que la forêt ne nous fournit pas seulement de la nourriture, des médicaments et de l’eau, mais qu’elle fait aussi partie de notre culture et de notre identité. »
Pour d’autres, le savoir consiste à écouter et à comprendre notre place et notre rôle dans le monde qui nous entoure.
Davis-Angeles : « On m’a toujours dit que nous avons deux oreilles et une seule bouche, et que nous devrions donc écouter deux fois plus que nous ne parlons. »
Degawan : « Inayan est une valeur qui nous est constamment rappelée dans ma communauté et qui signifie essentiellement que tout ce que nous avons doit être partagé et que tout ce que nous faisons a des conséquences. »
Ce qu’elles transmettent à la prochaine génération
Ces sept dirigeantes savent que les savoirs perdurent lorsqu’ils sont partagés. Voici ce qu’elles souhaitent transmettre à celles et ceux qui leur succéderont.
Degawan : « Je m’efforce d’apprendre à ma fille que même si tu penses être un grand point, tu ne restes qu’un point… et que si notre point peut se relier aux autres points, ensemble, nous pouvons former un magnifique arc-en-ciel. »
Smith : « Ce sont généralement les femmes qui prennent l’initiative de devenir des modèles pour leurs propres enfants. Nous allons sortir nos communautés de la pauvreté et de la discrimination et devenir des membres à part entière de la société. Les femmes ressentent naturellement la responsabilité d’être ce modèle pour leurs enfants. »
Les savoirs peuvent se transmettre par l’expérience, en créant des espaces où les jeunes peuvent apprendre auprès des aînés.
Yu-An : « Nous invitons les aînés de la tribu et les jeunes intéressés à passer un ou deux jours ensemble dans les montagnes. En chemin, les aînés guident le groupe à travers nos territoires traditionnels, en partageant les noms et les histoires de ces paysages, ainsi que la manière dont nos ancêtres vivaient autrefois et travaillaient la terre. Pour moi, le plus important n’est pas de dicter aux jeunes ce qu’ils doivent faire, mais de les aider à redécouvrir leur culture et leur territoire. Grâce à ce parcours, ils peuvent progressivement retrouver leur propre lien avec la tribu et réfléchir à la manière dont ils souhaitent construire ici une vie qui ait du sens. »
Plusieurs d’entre elles transmettent également des messages de courage à la prochaine génération.
Kobei : « Écoutez les femmes qui vous ont précédées : elles ont parcouru ce chemin, elles connaissent les défis et elles ont des enseignements à partager avec vous… n’ayez pas peur d’être une leader. »
Davis-Angeles : « Chaque jour, lorsque je dépose ma fille à l’école, je lui dis : “Tu es forte, tu es intelligente et tu es résiliente.” »
Rojas : « Le message que je veux transmettre aux filles et aux femmes autochtones, c’est que nous ne devons jamais rester silencieuses, que nos voix doivent être entendues et que notre culture doit être partagée dans le respect de tous nos savoirs ancestraux. Que nous ne devrions jamais, au grand jamais, avoir peur de dire : “Je ne peux pas”, parce que nous le pouvons, parce que si l’une d’entre nous s’élève, nous nous élevons toutes. »
Sept femmes, sept héritages et sept dons déjà transmis à la prochaine génération. Les savoirs ont toujours été transmis, d’elle à elle.
Découvrez le parcours complet de chacune de ces femmes dans The Knowledge Keepers, notre série au sein de Where Women Took the Forest.
Article initialement publié par le Forest Stewardship Council (FSC).






















