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Les Dirigeants Autochtones de Méso-Amérique, d’Afrique et du Pérou ont participé à l’atelier de formation des négociations sur le changement climatique

A quelques mois de la COP27, Ie programme IPARD, dont la stratégie vise à renforcer les capacités des organisations autochtones du monde entier et à catalyser l'auto développement holistique, a organisé un atelier de formation sur la négociation du changement climatique.

Panama City, Panama. Près de 50 Dirigeants Autochtones de 20 pays de Méso-Amérique, d’Afrique et d’Amérique du Sud ont participé à l’atelier virtuel sur la négociation du changement climatique. 

Le but de cet événement visait à créer un espace formatif qui contribue à renforcer les capacités des organisations à assurer le plein respect des droits des Peuples Autochtones. À quelques mois du Sommet sur le Changement Climatique qui se tiendra à Sharm El Sheik en Égypte du 6 au 18 novembre, les organisations Autochtones doivent se préparer à pouvoir défendre directement leurs droits économiques, sociaux, culturels, collectifs et territoriaux.

En réponse à cette problématique, le programme IPARD cherche à contribuer au renforcement cohérent et à long terme des capacités techniques, organisationnelles et de gestion, dans le but de donner aux Peuples Autochtones les moyens de s’engager et de collaborer avec les secteurs public et privé afin de co-créer des solutions qui génèrent des bénéfices mutuels.   

« Les connaissances que j’ai pu acquérir seront utiles aux autres Peuples Autochtones lors de la formation que je leur offrirai avant la COP.  De plus, ces connaissances sont très utiles pour contribuer au cours des négociations et par la suite, à la mise en œuvre de la convention, du protocole de Kyoto et de l’accord de Paris pour améliorer les conditions de vie des Peuples Autochtones » a déclaré l’un des participants, Severin Sindizera, Coordinateur national de projet pour l’ Association pour l’intégration et le développement durable au Burundi.  

Le séminaire de négociation sur le changement climatique a été organisé en trois sessions participatives menées sous les conseils de l’expert en changement climatique, Eduardo Reyes, et de l’équipe du programme IPARD de la Fondation Indigène FSC. Le séminaire a également bénéficié de la participation et du soutien de l’Alliance Méso-américaine des Peuples et des Forêts (AMPB), du Réseau des Peuples Autochtones et Locaux pour la Gestion Durable des Écosystèmes Forestiers en Afrique Centrale (REPALEAC), du Comité de Coordination des Peuples Autochtones d’Afrique (IPACC) et de la Fondation RUZBUMET. 

Lors de ces entretiens, les participants ont abordé des questions liées au cadre des espaces de négociation, aux réglementations principales concernant les Peuples Autochtones et les forêts, aux contributions des territoires Autochtones dans les pays et aux recommandations sur les initiatives à prendre pour assurer que les contributions des forêts des territoires Autochtones à l’atténuation du changement climatique soient visibles dans les CND (Contributions Déterminées au niveau National) des pays. 

« Participer à l’atelier des négociateurs représente un espace de formation très important. En tant que jeune femme gunadule, il m’a permis d’apprendre et de renforcer plusieurs questions qui sont importantes dans les négociations sur le changement climatique. Par exemple : les processus, les acteurs des processus, le soutien que nous devons apporter, les groupes de négociation et les coalitions qui existent dans les différents pays, l’importance des NDC » a déclaré Jocabed Solano du peuple Guna du Panama et co-directeur de Memoria Indígena. 

Sur l’atelier de Négociation sur le Changement Climatique

La première session comprenait une présentation de la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique : l’itinéraire, la hiérarchie et les principaux mécanismes de structuration des programmes thématiques et de prise de décision dans les sessions officielles des parties, pour permettre aux organisations Autochtones d’apprendre en détail le fonctionnement de cet espace de soutien et pour qu’elles puissent préparer leurs interventions de sorte qu’elles puissent atteindre les audiences principales en ayant un impact à la fois au niveau national et international. 

La deuxième session s’est concentrée sur la description des principaux acteurs et coalitions impliqués dans le processus des négociations climatiques, dans le but de rendre claire et visible les dynamiques des débats officiels. Plusieurs aspects ont été abordés, tels que les représentations, l’organisation des blocs et des coalitions par pays, région et priorités.

L’un des sujets les plus pertinents lors de cette session a été la clarification du processus que les organisations Autochtones doivent suivre pour que leurs besoins et propositions soient pris en compte dans cet espace. L’expert Eduardo Reyes a expliqué que même si les Peuples Autochtones n’ont pas un espace de représentation officiel parmi les partis, ils peuvent influencer cet espace grâce aux agendas des gouvernements nationaux, c’est pourquoi il est important de mener un travail de défense soutenu dans chacun des territoires. 

La troisième session s’est concentrée sur l’analyse des engagements internationaux ratifiés par les pays et leur relation avec les Peuples Autochtones, avec un accent particulier sur l’Accord de Paris et ses instruments ultérieurs. L’analyse a envisagé les implications et les impacts environnementaux, sociaux et économiques pour les Peuples Autochtones dans les scénarios de conformité et de non-conformité aux principaux accords. 

Au cours de la présentation, l’expert Eduardo Reyes a souligné l’importance d’analyser soigneusement chacun des instruments afin d’éviter qu’ils n’aient un impact négatif sur les peuples et organisations autochtones, en particulier ceux du Sud. 

La deuxième partie de la troisième session a vu la participation de Marcial Arias Medina, du peuple Guna, et d’Edgar Correa, de la communauté Maya de Belize, experts sur la mise en œuvre des décisions et des étapes à suivre pour réaliser les analyses demandées par le Cadre REDD+ de Varsovie, conformément à l’Accord de Paris. Les experts ont présenté les questions liées aux instruments et outils disponibles pour développer des mesures et des rapports qui rendent visibles les contributions des Peuples Autochtones aux processus d’adaptation et d’atténuation du changement climatique. 

Au cours de leurs présentations, Marcial et Edgar ont souligné l’importance des données et des preuves. 

Ces informations permettent aux négociateurs de connaître les éléments et les techniques dont ils ont besoin pour étayer leurs discussions, car de nombreuses décisions sont prises sur la base de données et d’informations scientifiques. 

Pour plus d’informations, voir l’atelier complet ici, matériel disponible en Anglais, Espagnol et Français.

Changement Climatique et Peuples Autochtones

Les Peuples Autochtones gèrent un quart de la surface terrestre de la planète et leurs territoires abritent des ressources vitales pour la survie de l’humanité et de la planète. C’est pourquoi les territoires Autochtones sont une source de solutions globales au changement climatique et à la gestion du cycle du carbone. 

Malgré leur importance mondiale, les Peuples Autochtones sont l’un des secteurs les plus affectés par le changement climatique ; leurs territoires subissent les conséquences de phénomènes climatiques extrêmes tels que les sécheresses et les inondations, ainsi que d’autres conséquences dérivées de ces phénomènes comme les incendies, les changements dans les cycles agraires qui provoquent des pénuries d’aliments et de médicaments dérivés des forêts et des plantes. 

En outre, les territoires Autochtones sont menacés par les activités extractives, agro-industrielles et d’infrastructure qui représentent l’une des plus grandes sources mondiales d’émissions à cause de la déforestation et de la pollution qu’elles provoquent. Selon les chiffres présentés par le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), « les émissions de gaz dues aux activités humaines sont responsables d’une augmentation de la température d’environ 1,1°C au cours des années 1850-1900. » Il est donc évident que le développement intensif des activités humaines, telles que celles mentionnées ci-dessus, risque de contribuer à la crise climatique et à l’augmentation des températures. 

Tout au long de l’histoire, les Peuples Autochtones ont réussi à faire face à diverses crises, y compris les phénomènes climatiques, en se basant sur leurs connaissances et pratiques traditionnelles. C’est pourquoi plusieurs études ont été entreprises pour identifier les éléments clés permettant de gérer les crises qui frappent le monde. Selon une étude publiée dans la revue Frontiers in Ecology and the Environment, la reconnaissance des droits des Peuples Autochtones est vitale pour la conservation des forêts et la lutte contre le réchauffement climatique. Cette même recherche a révélé que 36 % des paysages forestiers intacts se trouvent dans des territoires Autochtones et que c’est grâce à leurs connaissances et pratiques traditionnelles qu’ils ont réussi à rester debout.

« La survie de l’humanité est liée au respect qu’elle porte à la nature, détruire la nature, c’est se détruire soi-même puisque les humains en font partie » a déclaré l’un des participants à l’atelier, Adolphe Bope Bope Kwete, point focal pour la Dignité des Pygmées (DIPY) en République démocratique du Congo.

Les impacts environnementaux, sociaux et économiques du changement climatique menacent les communautés, les territoires et les forêts. C’est pourquoi le programme IPARD promeut cet atelier de négociation dans le but de permettre aux dirigeants de défendre leurs droits. 

Selon Dina Juc, originaire du peuple Maya Quiché du Guatemala et responsable de l’Espace sur les droits de l’homme, « ces outils permettent de disposer de données concrètes et de pouvoir les présenter avec plus de sécurité lors des négociations. Cela permet aux dirigeants Autochtones qui viennent dans l’espace de négociation d’avoir un soutien et une base solides. »

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Collaboration pour promouvoir les droits et l’auto-développement des Peuples Autochtones en Afrique

Une conversation avec Basiru Isa de REPALEAC sur les défis de la reconnaissance, les droits et les ressources naturelles des Peuples Autochtones.

En Afrique, les Peuples Autochtones font partie des populations les plus marginalisées, ils sont victimes de discriminations et sont exclus du processus décisionnel sur des questions cruciales pour eux. Leurs droits, notamment le droit à la terre, sont menacés et ils subissent les effets du changement climatique qui se manifeste par des sécheresses, des inondations et des sauterelles. Ils manquent d’infrastructures et de services sociaux de qualité, comme l’éducation et la santé. Tous ces défis sont aggravés par le fait qu’il existe une confusion sur la définition des Peuples Autochtones dans le contexte africain.

Pour travailler avec les Organisations de Peuples Autochtones sur la promotion des droits et de l’auto-développement en Afrique, la Fondation Autochtone de la FSC (FSC-IF), par le biais du programme Indigenous Peoples Alliance for Rights and Development (IPARD), crée un partenariat avec deux grandes plateformes de Peuples Autochtones en Afrique: le Réseau des populations Autochtones et locales pour la gestion durable des écosystèmes forestiers d’Afrique centrale (REPALEAC) et le Comité de coordination des Peuples Autochtones d’Afrique (IPACC).

La FSC-IF s’est entretenue avec le secrétaire général du REPALEAC, Basiru Isa, afin d’entendre son point de vue sur les Peuples Autochtones et les Communautés Locales (IPLC) en Afrique. Basiru est impliqué dans le REPALEAC depuis plus de dix ans et a maintenant la charge de la section technique et programmatique du réseau. Il est basé au Cameroun.

FSC-IF : Pouvez-vous nous parler du REPALEAC, de son plan stratégique et de sa vision ?

Basiru Isa : Le REPALEAC est le réseau des populations Autochtones et locales pour la gestion durable des écosystèmes forestiers d’Afrique Centrale. Il a été créé en 2003 à Kigali, au Rwanda, et est aujourd’hui un réseau régional de plus de 560 organisations de Peuples Autochtones qui en sont membres. Il opère dans huit pays : le Burundi, le Cameroun, le Gabon, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, la République du Congo, le Rwanda et le Tchad. Le REPALEAC dispose donc de huit réseaux internationaux qui travaillent au quotidien pour les intérêts des Peuples Autochtones dans leurs pays.

Le REPALEAC a développé en 2018 un plan stratégique qui s’étend de 2018 à 2025. Il comporte trois phases : la phase préparatoire (2018 – 2020), la phase d’opérationnalisation (2020 – 2021), puis celle de mise en œuvre (2022 – 2025). Ce plan stratégique comporte quatre axes stratégiques qui sont soutenus par des objectifs opérationnels.

Le premier axe est la sécurisation des terres, des territoires et des ressources naturelles. Cet axe comprend la reconnaissance des droits fonciers des Peuples Autochtones et la cartographie des terres des Peuples Autochtones. Le deuxième axe prioritaire est la participation des Peuples Autochtones dans la prise de décision, en particulier dans la gestion de leurs terres, forêts et ressources naturelles au niveau local, national et international. Le troisième axe prioritaire est la consolidation des bénéfices économiques obtenus par la gestion durable des ressources naturelles. Et le quatrième axe prioritaire est le renforcement durable des conditions de vie des Peuples Indigènes. Enfin, il y a un axe transversal qui traite du renforcement des capacités des organisations des Peuples Autochtones, et notamment du REPALEAC et de ses membres.

FSC-IF : Quels sont les défis à relever pour mettre en œuvre ce plan et les défis auxquels sont confrontés les Peuples Autochtones en Afrique ?

Basiru : Les défis sont nombreux mais ils ne dépassent pas la communauté internationale. Le premier défi est la reconnaissance des Peuples Autochtones par les Etats sur la base de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des Peuples Autochtones. Aujourd’hui, avec le travail du REPALEAC, nous voyons des avancées dans certains pays, par exemple, la RDC est en train de voter une loi spécifique pour les droits des Peuples Autochtones. Au Cameroun, il existe déjà un plan de développement national pour les Peuples Autochtones. En République du Congo, une direction spécifique du ministère de la Justice est consacrée aux droits des Peuples Autochtones. Et récemment au Burundi, le plan de développement national pour les communautés Batwa a été validé.

Le défi consiste à faire comprendre aux pays que les Peuples Autochtones sont des personnes qui ont des spécificités car leur culture et leurs droits doivent être compris et respectés par les États. Le deuxième défi consiste à faciliter la mise en place de services sociaux adaptés aux besoins des Peuples Autochtones, par exemple l’accès à des écoles adaptées à leurs calendriers agricoles, de chasse ou pastoraux. Comment peuvent-ils concilier la scolarisation et le maintien de leur mode de vie traditionnel ? Un autre défi consiste à faire comprendre aux populations Autochtones elles-mêmes leurs spécificités, comment elles peuvent lutter pour leurs droits et comment nous pouvons les responsabiliser. Enfin, le dernier défi est de savoir comment mobiliser les ressources pour réaliser notre vision.

FSC-IF : Comment pouvons-nous surmonter ces défis ?

Basiru : Nous pouvons continuer à faire du lobbying et du plaidoyer au niveau national pour la reconnaissance des Peuples Autochtones. Ensuite, promouvoir la reconnaissance de leurs droits, notamment le droit à l’éducation, le droit à la terre, le droit aux ressources naturelles et le droit de participer à la prise de décision. Si vous regardez les axes du REPALEAC, nous travaillons dans ces domaines. Troisièmement, travailler avec les États et les donateurs pour voir comment nous pouvons mobiliser des ressources pour faire en sorte que les services fournis aux Peuples Autochtones soient adaptés à leurs normes culturelles et aussi autonomiser les communautés Autochtones. Je pense que ce sont là quelques-uns des efforts que nous pouvons essayer de faire.

meeting in Nairobi

FSC-IF : Comment envisagez-vous une collaboration avec la FSC-IF en Afrique ?

Basiru : Je pense que la FSC-IF est l’un des outils innovants les plus récents qui peuvent être utilisés pour changer la mentalité des communautés nationales et internationales, en particulier dans ce que nous appelons les plans de développement nationaux Autochtones. Du REPALEAC, nous envisageons une relation productive. Lorsque nous regardons les trois objectifs du Programme IPARD, ils s’alignent sur les cinq axes stratégiques du REPALEAC. Il existe donc une vision commune entre le REPALEAC et la FSC-IF et je pense qu’il est très facile pour nous de travailler ensemble.

FSC-IF : Comment cette collaboration répondra-t-elle aux défis auxquels sont confrontés les Peuples Autochtones en Afrique ?

Avec le développement d’un programme de développement des Peuples Autochtones en Afrique, beaucoup d’efforts seront consacrés au plaidoyer au niveau local, national et régional pour la reconnaissance des Peuples Autochtones. Ensuite, nous pouvons travailler sur des activités qui peuvent être directement mises en œuvre dans les communautés Autochtones. Enfin, nous pourrons voir comment, ensemble, nous pouvons mobiliser des ressources et renforcer les capacités des peuples, organisations et communautés Autochtones.

FSC-IF : Quelles sont les prochaines étapes ?

Basiru : Nous avons eu une discussion à long terme et une réunion en face à face à Nairobi. Maintenant, la prochaine étape est d’explorer un protocole d’accord et de définir nos prochaines actions ensemble.