Les gardiennes du savoir : des femmes autochtones à la tête de la gouvernance forestière sur cinq continents
Journée mondiale des peuples autochtones
À l’occasion de la Journée internationale des peuples autochtones, nous rendons hommage aux femmes autochtones qui protègent les forêts et contribuent à façonner un avenir durable. En collaboration avec le Forest Stewardship Council (FSC), nous partageons cinq histoires inspirantes de femmes dont le leadership et les savoirs génèrent un impact durable.

6 août 2026
Une rivière qui purifie. Une communauté dont le nom même signifie « gardiens de la forêt ». Un mot, inayan, qui enseigne que tout ce que nous faisons a des conséquences. Partout dans le monde, des femmes autochtones jouent un rôle de premier plan dans la gouvernance forestière, au sein des tribunaux, des comités et des communautés, en transmettant des savoirs hérités de génération en génération.
À l’occasion de la Journée internationale des peuples autochtones, célébrée le 9 août, et dans le cadre de la campagne Where Women Took the Forest du FSC, nous avons échangé avec six femmes de cinq continents sur leur identité, leur leadership et les forêts qu’elles considèrent comme leur foyer. Voici leurs témoignages, tels qu’elles les ont confiés au FSC.
Minnie Degawan (Kankanaey-Igorot, Philippines), Directrice générale de la Fondation Autochtone FSC · Tolita Davis-Angeles (Cobble Cobble, Nation Barunggam, Australie), Présidente du Comité des Premières Nations du FSC et fondatrice de Gandan Yarnings · Sara Omi Casamá (Emberá, Panama), avocate et présidente des Femmes Leaders Territoriales de Mésoamérique · Peggy Smith (Miskwaanakwadook, Femme Nuage Rouge ; d’ascendance crie, Canada), membre de la Chambre autochtone de FSC Canada · Cindy Kobei (Ogiek, Kenya), avocate et défenseure des droits des Peuples Autochtones · Yu-An Chen (Iupi’i ’akuyayana ; peuple Tsou, Chinese Taipei), Présidente de la Coopérative communautaire autochtone Tfuya d’Alishan, comté de Chiayi.

Sara Omi Casamá (Emberá, Panama)
Ce que signifie la forêt
Posez la même question à six femmes issues de six peuples sur cinq continents : que signifie la forêt pour vous ? Vous entendrez six réponses, et pourtant une seule.
Degawan : « Lorsque je vais dans la forêt, je me sens entière, parce que je suis au sein de quelque chose dont je fais moi-même partie. En réalité, il s’agit d’une relation symbiotique : nous avons besoin de la forêt et la forêt a besoin de nous. »
Davis-Angeles : « Le sentiment d’être sur le Country [expression de l’anglais aborigène qui désigne les terres ancestrales et le lien vivant que l’on entretient avec elles] signifie tout pour moi. C’est le seul endroit où je me sens complètement entière, en sécurité, sereine et connectée. Je ne m’y sens jamais perdue, car je sais que la forêt me montrera le chemin du retour. »
Omi Casamá : « La forêt est un lieu de tranquillité ; c’est comme être en paix. Ce que j’aime le plus dans la forêt, c’est la rivière. J’ai le sentiment que la rivière me purifie, m’apaise et me donne l’énergie dont j’ai besoin pour poursuivre ce chemin. »
Smith : « Je me souviens qu’un jour, une aînée Anishinaabe, une femme très sage, m’a dit : “Si tu cherches des conseils, va dans la forêt et assieds-toi. Reste simplement là, et les réponses viendront à toi.” Et c’est vrai : la forêt m’apporte la paix, la détente et des réponses. »
Kobei : « Le nom de ma communauté, “Ogiek”, signifie “gardiens de la forêt”. Nous ne sommes pas seulement des gens qui vivent dans la forêt, nous sommes ceux qui prennent soin de la forêt. La forêt est notre foyer. »
Yu-An : « La plupart de mes souvenirs d’enfance sont liés aux montagnes et aux forêts. Maintenant, quand je retourne en forêt, ces souvenirs me reviennent. C’est un endroit très apaisant et réconfortant pour moi. »
La forêt est le point de départ de leurs histoires. Ce n’est pas leur point d’arrivée, car pour chacune de ces femmes, un jour est venu où prendre soin de la forêt signifiait entrer dans les instances décisionnelles.
Cindy Kobei (Ogiek, Kenya)
Le moment où le chemin a changé
Pour Minnie Degawan, ce moment s’est produit devant la porte d’un tribunal à Manille, où on lui avait demandé d’interpréter pour des aînés d’un village proche du sien.
Degawan : « Je me souviens encore du moment où je suis entrée dans le tribunal et où j’ai vu une rangée de sandales alignées devant la porte. À l’intérieur, il y avait deux groupes d’hommes : les avocats, vêtus de tenues judiciaires très formelles, et les aînés, vêtus de leurs habits traditionnels et pieds nus, car dans leur culture, ils laissent leurs chaussures à la porte. Cela a été un véritable choc. Je n’avais jamais vu cette division illustrée de manière aussi frappante. J’étais venue à Manille pour étudier et devenir médecin, mais après cette expérience, j’ai compris qu’il était encore plus nécessaire de faire entendre la voix des peuples dans la capitale. »
Sara Omi Casamá a été confrontée à cette même division dans une salle de cours de droit au Panama et est devenue la première femme autochtone de son pays à devenir avocate.
Omi Casamá : « En même temps que j’apprenais quels étaient mes droits en tant que personne autochtone, j’étudiais également le droit selon une perspective occidentale. En classe, nous n’entendions jamais parler des droits des Peuples Autochtones ni du travail qu’ils accomplissaient. Cela m’a beaucoup marquée. J’ai eu l’impression de passer du statut de jeune femme à celui de femme adulte, capable de comprendre les problèmes et les besoins de sa communauté et de savoir comment les transformer en opportunités. »

Minnie Degawan (Kankanaey-Igorot, Philippines)
Diriger en sachant écouter
Entre les mains de ces femmes, la gouvernance peut se traduire autant par l’écoute que par la prise de parole en public.
Davis-Angeles : « J’ai créé mon cabinet de conseil, Gandan Yarnings, pour donner la parole aux Autochtones. Gandan signifie grande sœur, et “yarning” décrit notre façon de travailler : on se réunit et on discute, on échange. On m’a toujours dit que nous avons deux oreilles et une seule bouche, alors nous devrions écouter deux fois plus que nous ne parlons.»
Yu-An : « Être une leader ne signifie pas forcément se tenir devant et parler, ni adopter un style de leadership autoritaire. Les femmes possèdent leurs propres qualités stratégiques, comme l’écoute, l’empathie et la bienveillance – des qualités que les hommes possèdent également, mais avec une plus grande variété. Les femmes n’ont pas besoin d’assumer des responsabilités illimitées ni de se sacrifier pour prouver leur engagement. Il suffit de participer et de diriger à notre manière. »
Tolita Davis-Angeles (Cobble Cobble, Nation Barunggam, Australie)
Quand les savoirs rencontrent les systèmes institutionnels
De plus en plus, les savoirs que portent ces femmes trouvent leur place dans les systèmes formels de gouvernance forestière, notamment les universités, les ministères et les tribunaux, ainsi que dans la gestion forestière elle-même.
Smith : « Je m’intéresse au concept de “vision à deux yeux”, qui consiste à pouvoir associer une perspective autochtone et une perspective issue de la science occidentale dans la gestion des forêts. Dans le nord-ouest de l’Ontario, une communauté autochtone est en discussion avec le ministère provincial des Ressources naturelles afin de déterminer comment adapter ses pratiques de gestion forestière pour protéger le bouleau jaune, qui possède plusieurs usages médicinaux. Il est encourageant de voir ce type de discussions avoir lieu, mais je constate encore une certaine réticence à prendre les savoirs traditionnels au sérieux. »
Kobei : « Lorsque nous devons aller en justice et prouver que la communauté vit dans la forêt de Mau depuis un certain nombre d’années, ce sont les femmes qui peuvent fournir les preuves, car elles détiennent le savoir. Leurs connaissances sont précieuses en la matière, car elles sont généralement plus proches de la communauté et de leurs enfants ; elles sont au service de toute une génération. »
Davis-Angeles : « Les groupes de gardes forestiers, comme le secteur forestier en général, ont longtemps été dominés par les hommes. Mais on observe aujourd’hui un soutien croissant aux programmes de gardes forestiers féminins, reconnaissant ainsi la nécessité de la présence des femmes sur le terrain, aux côtés des hommes, notamment autour des lieux sacrés et des arbres médicinaux. »
Peggy Smith (Miskwaanakwadook, Femme Nuage Rouge ; d’ascendance crie, Canada)
À celles qui viendront après
Six parcours, une même direction. Nous avons demandé à chacune de ces femmes ce qu’elle souhaiterait dire aux femmes autochtones qui suivront leurs pas.
Kobei : « Soyez fières de votre identité. Soyez fières de la communauté dont vous venez. Écoutez les femmes qui vous ont précédées : elles ont parcouru ce chemin, elles connaissent les défis et elles ont des enseignements qu’elles souhaitent partager. Et n’ayez pas peur d’être des leaders. »
Davis-Angeles : « Chaque jour, lorsque je dépose ma fille à l’école, je lui dis : “Tu es forte, tu es intelligente et tu es résiliente.” Et j’espère vraiment qu’elle comprendra que plus elle fera entendre sa voix et se tiendra debout, pour elle-même et pour celles et ceux qui ne peuvent pas parler ni se défendre, plus l’impact qu’elle aura au cours de sa vie sera grand. »
Degawan : « Mon conseil est de se souvenir de inayan. L’un des concepts de inayan est que nous ne sommes qu’un petit point dans l’ensemble des choses. Je m’efforce d’enseigner à ma fille que, même si l’on pense être un grand point, on reste malgré tout un simple point, et que notre rôle est de faire partie de quelque chose de bien plus grand que nous-mêmes. Et si notre point peut se connecter aux autres points, ensemble, nous pouvons former un magnifique arc-en-ciel. »
Six femmes, cinq continents, un même fil conducteur : les savoirs ont toujours été là et, de plus en plus, ils sont également présents là où les décisions sont prises.
Ces conversations ouvrent une première porte sur leurs histoires. Au cours des prochaines semaines, dans le cadre de Where Women Took the Forest, nous partagerons le parcours complet de chacune de ces femmes dans notre série Knowledge Keepers, de la forêt de Mau à la Cordillère et jusqu’à Alishan.
Suivez #WhereWomenTookTheForest sur les plateformes du FSC.

Minnie Degawan (Kankanaey-Igorot, Philippines)
Publié à l’origine par le Forest Stewardship Council (FSC).
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