News

La gestion forestière par les populations autochtones en Asie

Tout savoir sur la certification FSC en Asie

Mars 2026 

Les 21 et 22 mars, la Fondation Autochtone FSC a organisé la réunion intitulée « Gestion forestière autochtone : naviguer dans la certification FSC en Asie ». Un groupe hétérogène composé de dirigeants autochtones, de représentants de la FSC-IF et du FSC, ainsi que d’acteurs régionaux, s’est réuni à Chiang Mai, en Thaïlande, pour un dialogue approfondi sur l’avenir de la gouvernance forestière en Asie. Il en est ressorti non seulement une discussion technique sur les systèmes de certification, mais aussi une réflexion profonde sur les droits, la résilience et les réalités vécues par les peuples autochtones confrontés à des politiques étatiques restrictives et aux pressions des entreprises.

Dès le début, les participants ont clairement établi une chose : la certification forestière ne peut être dissociée du contexte plus large des droits des peuples autochtones. Partout en Asie, les peuples autochtones continuent de faire face à un accès de plus en plus restreint à leurs terres ancestrales, à des politiques étatiques restrictives et à des pressions économiques concurrentes.

La tension entre les normes et la réalité

Le Forest Stewardship Council (FSC) se positionne comme un leader mondial de la gestion forestière responsable, avec plus de 117 millions d’hectares certifiés à travers le monde. De plus, le FSC a défini 10 principes, dont trois sont particulièrement pertinents pour les peuples autochtones :

Principe 2 : maintenir ou améliorer le bien-être social et économique des travailleurs ; 

Principe 3 : respecter les droits des peuples autochtones 

Principe 9 : maintenir ou améliorer les valeurs de conservation élevées, y compris les sites culturels et spirituels. 

Ces principes constituent des points d’entrée formels pour faire progresser les droits des peuples autochtones au sein du système FSC. Pourtant, le dialogue a révélé un fossé persistant entre ces engagements et leur mise en œuvre sur le terrain.

Une préoccupation urgente a été soulevée concernant le FPIC. Pour de nombreux participants autochtones, le FPIC n’est pas simplement une étape procédurale, mais une expression fondamentale de l’autodétermination. Les témoignages partagés lors de la réunion ont illustré comment, dans la pratique, les communautés sont souvent consultées trop tard, voire pas du tout, alors que les décisions concernant leurs terres sont déjà en cours. La crainte est que les révisions en cours des normes FSC affaiblissent le FPIC, transformant un droit substantiel en une simple formalité administrative.

M. Nicolas Mujah, membre du Conseil de l’IF FSC, a également mentionné comment les communautés peuvent engager des procédures de réclamation pour contester les violations:

« Il est important d’intégrer le FPIC au FSC. Au sein du FSC, il existe un cadre de recours : si vous estimez avoir été victime d’une injustice, vous pouvez commencer par le mécanisme de plainte. »

Les participants ont convenu que le FSC et les mécanismes de certification similaires doivent fournir des processus de plainte et de recours transparents et efficaces. Les mécanismes de plainte peuvent être anonymisés pour protéger les défenseurs des droits humains, mais un soutien systémique et un suivi font défaut, ce qui sape la responsabilité.

Obstacles structurels à la participation

La participation a été un thème central du dialogue : qui a le pouvoir de définir les règles ?

La structure de gouvernance du FSC, articulée autour de chambres économiques, sociales et environnementales, est conçue pour équilibrer les intérêts. Cependant, les participants ont mis en évidence des obstacles importants pour les peuples autochtones. Les cotisations, la complexité technique, le pouvoir de vote limité et l’accès inégal à ces mécanismes restreignent tous une participation significative. Pour de nombreuses communautés dépendantes de la forêt, le simple fait de s’y retrouver dans le système peut être accablant, en particulier pour les communautés autochtones disposant de ressources limitées et d’un soutien insuffisant.

Cependant, malgré ces défis, plusieurs mécanismes d’engagement ont été mis en avant par Jacki Yeung, responsable des adhésions du FSC pour la région Asie-Pacifique :

  • Participation aux motions de l’Assemblée générale et aux processus de vote
  • Implication dans les discussions des chambres et les groupes de travail
  • Engagement dans les consultations et les plateformes d’élaboration des politiques

Les participants ont souligné que si l’adhésion individuelle peut sembler limitée, l’organisation collective au sein des chambres peut renforcer l’influence autochtone.

Une voie à suivre : réforme et collaboration

Malgré les défis, le ton de la réunion n’était pas celui de la résignation, mais d’une détermination prudente.

Les participants ont appelé à des réformes concrètes au sein du FSC, reconnaissant que les structures actuelles sont insuffisantes pour protéger les droits des peuples autochtones, notamment en réduisant les obstacles à l’adhésion, en renforçant la représentation autochtone et en garantissant une application cohérente des normes. L’accent a également été fortement mis sur l’action collective, l’organisation au sein des chambres, la création de réseaux régionaux et l’élaboration de messages communs pour les plateformes mondiales.

Lors de la dernière journée du dialogue, les Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme ont été mis en avant comme un outil complémentaire, notamment pour renforcer la responsabilité et l’accès aux voies de recours. Alors que des lois rendant obligatoire la diligence raisonnable commencent à voir le jour dans plusieurs pays, il existe un potentiel croissant d’aligner les systèmes de certification sur des cadres juridiques plus larges.

Conclusion : de la participation au pouvoir

Cette rencontre a mis en évidence un moment critique pour la gouvernance forestière en Asie. Le FSC et les systèmes similaires recèlent un potentiel considérable, mais leur légitimité dépend de leur capacité à tenir leurs promesses.

Pour les peuples autochtones, la question n’est pas de savoir s’il faut s’engager, mais comment transformer ces systèmes afin qu’ils reflètent véritablement leurs droits, leurs connaissances et leur leadership.

Dans l’ensemble, la rencontre a été révélatrice et a créé un espace de réflexion critique, les participants ayant exprimé leur gratitude pour cette occasion de partager leurs expériences et de remettre en question les systèmes existants.

« J’ai beaucoup appris sur le FSC et le PIPC. Merci pour cet échange d’apprentissage ; le fait de comprendre les défis et les expériences de chacun a rendu cette expérience vraiment significative et fructueuse. J’espère également que les jeunes s’impliqueront davantage. »

– Naomi Be-ilan, jeune autochtone, Ikalahan, Philippines